Hommage à Michel Cazenave

(9 juin 1942 – 20 août 2018)

Michel Cazenave s’en est allé dans la soirée du vingt août. Après deux ans d’une maladie douloureuse très éprouvante. Nous tous ses amis, nous nous joignons par le coeur à sa famille et à ses proches pour l’accompagner dans ce départ vers le grand voyage de l’âme.

Philosophe, écrivain et producteur à France Culture, notamment de la célèbre émission « Les Vivants et les Dieux » (1997-2009), il a encouragé sans relâche le développement de l’Esprit Jungien en France et dans le monde. Son amitié pendant trente ans m’a été infiniment précieuse.



Président du Groupe d’étude C. G. Jung dans les années quatre vingts, avec son ami Pierre Solié, il y invitait l’essentiel des analystes jungiens d’alors pour de passionnantes soirées de conférence et de débats publics, c’est ainsi que je l’ai rencontré et me suis plongée dans son oeuvre. Ce normalien surdoué, gaulliste engagé par ailleurs, publiait déjà des essais, des romans, des textes poétiques, tous entés sur la vie symbolique et les racines archétypales qui nourrissent notre mythologie, notre philosophie et notre Histoire occidentale. La féminité divine,toutes les facettes du féminin sacré le passionnaient depuis toujours et forment une autre veine centrale de son œuvre tout entière, une cinquantaine d’ouvrages.


Entré à France Culture en 1977 auprès de son brillant et caustique directeur Yves Jaigu, il a également participé avec lui à des émissions de télévision de grande qualité, notamment les « Océaniques » sur Arte. Il y apportait une sensibilité et une ferveur poétique rares et même uniques dans ce milieu d’intellectuels médiatisés. Parallèlement, il organisait de nombreux colloques dans lesquels il réunissait des spécialistes en tous genres . Astrophysique, physique quantique, mathématiques, kabbale, musique, philosophie etc. et, bien sûr, analyse jungienne s’y côtoyaient dans des moments d’une grande profondeur et en même temps dans une atmosphère de fête dont je garde des souvenirs précieux. On se souvient du mémorable colloque de Cordoue « Science et Conscience »(1979), puis « Science et Symbole » à Tsukuba au Japon (1984), publiés par les Cahiers de l’Herne. Ils ont été suivis par de multiples autres, souvent sous le patronage de France Culture qui les diffusait et les rediffusait fréquemment par la suite.

En 1998 Michel avait eu la grande douleur de perdre sa femme et inspiratrice Chantal. Ce deuil immense l’amenait encore récemment à confier dans une conférence à l’INREES ses réflexions sur la mort, cette expérience incontournable qu’il entendait traverser les yeux ouverts. La mort, disait-il, « Il faut pourtant essayer de la penser, tout en sachant que nous ne pouvons pas la penser réellement car si nous sommes en vie, nous ne sommes pas morts, donc la mort n’existe pas. Je me demande si l’idée qu’introduit l’Orient en voyant la mort comme le contraire de la naissance – pas du tout le contraire de la vie – n’est pas plus intéressante, beaucoup plus riche et beaucoup plus féconde (…) Ce qui m’a marqué le plus est ce moment où, quelques minutes avant sa mort, ma femme me dit d’un ton très tranquille : « Voilà, c’est la fin, c’est fini ». Ça m’a énormément marqué. Je me suis dis que l’on était capable véritablement d’entrer dans la mort en l’acceptant totalement. C’est autre chose qui souffre. Elle m’avait dit : « Ne t’en fait pas, je m’en vais mais je veillerais toujours sur toi ». Il y avait quand même quelque chose de l’amour. L’amour qui n’est pas appropriation, au-delà du simple plaisir, de la pulsion… dans l’ouverture mystère. Une espèce d’amour — bon j’hésite devant le mot tellement il est galvaudé — de l’ordre de l’Universel. »


Cher Michel, maintenant que vous êtes vous-même entré dans ce grand mystère, que notre affection et notre reconnaissance vous entourent et vous protègent sur le chemin.

Marie-Laure Colonna