L’Analyse des visions – Le Séminaire de 1930-1934 (extrait n°3 : « Le symbole »)

par Carl Gustav Jung  Du même auteur

Extrait de la Conférence 57, le 22 février 1933 :En grec psychè signifie le papillon, ce qui explique que, sur les monuments anciens, l’âme est constamment représentée avec des ailes de papillon. Et tous les anges ont des ailes, ce sont de petits oiseaux. Ainsi donc, lorsque mes Indiens brésiliens nous certifient qu’ils sont des perroquets rouges, c’est la simple affirmation que leur âme est ailée, qu’un être ailé réside en eux. C’est la forme originelle d’un symbole vieux comme le monde, et nous continuons à voir ce même symbole dans nos églises.
La mise en forme symbolique a commencé dès les temps primitifs comme une affirmation qui contredit la nature, qui contredit l’évidence des faits, et c’est là que commence la culture, cet état qui est au-delà du biologique. Donc, en ayant créé un symbole, l’homme a pu créer quelque chose qui s’oppose à la nature et qui la dépasse, mais qui d’une façon singulière s’ajuste à la nature et lui convient. Et plus cela convient et s’ajuste à la nature, mieux cela tiendra, et mieux la forme symbolique saura exprimer les instincts de l’homme.
C’est pourquoi la création de symboles a eu de telles conséquences dans l’histoire du monde. Les hommes s’entretuent au nom de symboles, que ce soit pour le national-socialisme ou pour le communisme, qu’ils soient des oiseaux verts ou rouges, c’est toujours la même histoire. Et la création de ces fameux symboles est de la plus grande importance pour l’humanité, car il y a de si lourdes conséquences entraînées par la formulation plus ou moins juste et authentique des instincts humains.
Avec une formulation appropriée, on peut vivre convenablement, et la majorité des instincts trouve son expression valable. Si, par contre, le symbole est inapproprié, s’il ne permet pas une expression juste des instincts, il produit une situation névrotique.
C. G. Jung, L’Analyse des visions – Le Séminaire de 1930-1934, op. cit., p. 912-913.