L’art-thérapie : de l’inconnu à soi que l’on est vers l’inconnu de soi que l’on crée

par Jean-Pierre Klein  Du même auteur

Résumé

L’accompagnement en art-thérapie opère une tension en avant de soi vers l’imprévisible. Cette thérapie ne va pas de l’inconnu vers le connu comme dans le projet des psychothérapies classiques. Son itinéraire aventureux va de l’inconnu à soi que l’on est vers l’inconnu de soi que l’on crée. Les psychothérapies sur le modèle classique de la conscientisation de « vérités » à découvrir butent sur l’irréductibilité de l’indicible, de l’inanalysable, du « refoulé primitif » qu’elles cherchent traditionnellement à éclairer. L’art-thérapie consiste en l’accompagnement d’une symbolisation énigmatique qui figure allusivement et fait évoluer cette représentation métaphorique qui en soi est thérapeutique. « La métaphore n’est pas l’énigme mais la solution de l’énigme » (Paul Ricoeur). On peut imaginer que la figuration de cet irréductible va fournir des informations codées à des instances non conscientes de la personne.
Le langage verbal ne résume pas la symbolisation et celle-ci peut s’effectuer de façon oblique. L’art-thérapie et la médiation artistique proposent un jeu avec le non-dicible. La personne vient avec ses productions complexes syncrétiques spontanées, de ses symptômes à ses rêves, mais il ne lui est pas demandé de les examiner en direct. Au contraire, il lui est proposé de produire en séance d’autres réalisations complexes : tableau, modelage, collage, installation, invention d’histoires ou de contes, expressions vocales, musicales, théâtrales ou corporelles que le médiateur artistique ou l’art-thérapeute accompagnera jusqu’à création. La prise de conscience est possible mais elle n’est pas systématique. L’essentiel est à la symbolisation accompagnée de création en création sans qu’il soit nécessaire que la personne sache les significations sous-jacentes de ses productions. On est dans la création comme processus de transformation.



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