Éditorial

par Claire Dorly  Du même auteur

      Laurence Lacour  Du même auteur

      Christian Marnette  Du même auteur

« Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa réalisation1. » Cette phrase de Jung, largement citée, témoigne certes du potentiel créatif de l’inconscient, mais plus encore, elle souligne que cette exploration fut pour lui l’oeuvre d’une vie. Notons au passage ce paradoxe ; Jung nomme très peu la créativité de l’inconscient en tant que telle, alors même ou peut-être même parce que, justement, elle se situe au coeur de sa vie et de son oeuvre.
L’inconscient serait le vivier originel, la création le résultat, que celui-ci se manifeste dans le champ artistique, culturel, social, thérapeutique… La capacité créative n’engloberait-elle pas alors l’ensemble des processus permettant à ces réalisations effectives d’advenir ?
Rappelons-nous que le terme de créativité dérive du verbe latin creare, créer, mais également de crescere, croître, faire pousser, faire grandir, produire. Ceci met l’accent sur la nécessaire progressivité des processus, processus qui se déploient dans le temps et requièrent un engagement qui est autant disponibilité, attention aux émergences, que mise en oeuvre des moyens visant à élaborer ces mêmes émergences.
« Avant tout, les productions de l’inconscient ne doivent pas être acceptées sans examen ni prises au pied de la lettre. Il faut les soumettre à une critique rigoureuse ; car en règle générale elles sont hautement symboliques2 », écrit Jung dans une très belle lettre de 1932. Chacun aura reconnu là l’exigence, l’absolue nécessité d’une confrontation du moi conscient avec les contenus inconscients, si caractéristiques de la démarche de Jung. Telle est l’essence de l’analyse que nous pratiquons dans nos cabinets. En elle se rencontrent deux créativités, celle de l’analysant et celle de l’analyste. De leur travail commun, de l’histoire de cette rencontre naîtra une nouvelle création, une singulière co-création.