Cahiers jungiens de psychanalyse

n° 69 ~ 1991 : Aux défaut des pères


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GUY-GILLET Geneviève : Éditorial : Aux défaut des pères

Mots-Clefs : Père

AGNEL Aimé : La défaillance paternelle et sa compensation chez Freud et chez Jung

Mots-Clefs : Défaillance paternelle, Enfant correcteur, Enfant divin, Freud S., Jung C.G., Père

Freud et Jung ont eu deux façons bien différentes de compenser la défaillance paternelle. Freud « corrige » son père, qui n’est pas assez « grand » à ses yeux, en rejouant son rôle sous une forme idéalisée. Jung découvre en lui-même des images archétypiques qui lui apportent les informations et les réponses que son père a été incapable de lui donner. Deux positions héroïques se dessinent ainsi, qui se retrouvent dans la clinique : celle de l’enfant correcteur (cet adulte « prématuré » qui rejette dans l’ombre les valeurs d’enfance pour tenir le rôle du parent défaillant), et celle de l’enfant divin (qui donne accès à une expérience vivante du soi, mais coupée du corps familial).

HARAVON H. : A père de pierre, fils de l'eau

Mots-Clefs : Création, Fils, Incorporation, Moïse, Père, Père idéalisé, Père statufié

Le fondateur d’une théorie doit sculpter son corpus comme une statue mais sans s'y confondre, sinon il devient père statutifié, père idéalisé, père tué. Ce fut le cas de Freud pour ses disciples, surtout pour Jung, avec qui la relation maître-disciple se confondait même avec la relation père-fils. Le père tué, père-mère nourricier de la pensée, dévore dans une même enveloppe théorique tous ses enfants, transfuges de sang nouveau et leur demande de tout avaler. Pris dans un double lien, le disciple risque l'allergie digestive et dans un mouvement d'abjection détourne sur l'autre tout ce qu'il n'arrive pas à digérer.

JULLIEN-PALLETIER Viviane : De père en fils

Mots-Clefs : Archétype père, Fils, Père, Père biologique, Père éducateur, Père généalogique, Position sacrificielle

Père archétypique, père réel, père symbolique œuvrent tous trois ensemble à la création de leur résultante psychique originale : le complexe personnel du père. Le père archétypique est porteur des « empreintes potentielles » qui guideront la relation vécue entre l’enfant et son père, et tous les pères qu’il rencontrera jusqu’à sa propre position de père. Le père réel a trois places : biologique, généalogique, éducateur. Il transmet l’héritage lumineux familial, et aussi l’ombre familiale chargée de contenus encryptés et de secrets lourds à porter. Le père symbolique transmet le principe paternel différenciateur : la loi de différenciation psychique, et la loi de l’interdit de l’inceste. Si cette transmission est impossible, le sujet vivra des avatars du processus d’individuation, sources de souffrances et d’échecs.

VESCHAMBRE C. : Un père

Mots-Clefs : Littérature, Père

Texte littéraire.

THIBAUDIER Viviane : Les filles d'Œdipe sont fatiguées

Mots-Clefs : Anima, Animus, Animus-père, Antigone, Fille-anima, Identification, Loi, Père, Père déviant, Perversion, Soi

Antigone, fille d’Œdipe, mais fausse œdipienne, est prise dans la blessure narcissique du père qui très tôt, et dans un évitement de la confrontation qui mène à une perversion de l’instinct de totalité, l’utilise comme support à son féminin resté prisonnier du maternel. Cette enveloppe narcissique dans laquelle elle est enfermée avec le père, hors du temps et hors la Loi, constitue pour elle un « faux soi » qui fait échec à son développement intérieur en extravertissant l’énergie psychique qui ne peut donc être utilisée pour son développement personnel. Ce n’est qu’à travers le transfert que la remise en route des processus d’évolution pourra se faire en permettant la rupture avec le passé et l’émergence du (vrai) soi.

VASSEUR B. : Le père indo-européen

Mots-Clefs : Christianisme, Ethnologie, Œdipe, Père, Père indo-européen, Sociologie

Le schéma indo-européen a imposé le despotisme paternel au sein de la famille : dans le temps (la transmission du nom plutôt que celle du sang) et dans l’espace social (la dévolution de père à fils du pouvoir politique). En Grèce, le mythe d’Œdipe mit en drame la nouvelle donne en soumettant le fils à deux transgressions majeures : le meurtre du père et l’inceste avec la mère. La tradition judéo-chrétienne et l’évolution moderne ont assoupli la toute-puissance du père. Mais en tant qu’archétype psychosocial, elle conserve une grande actualité théorique et thérapeutique.